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Partir pour le Chili ou attendre le mieux-être du prochain budget

Partir pour le Chili ou attendre le mieux-être du prochain budget

Auteur: Frantz Duval
Source: Le Nouvelliste, 25 septembre 2017

Editorial –

En moins de 24 heures, deux rendez-vous ont tracé une image de l’avenir de notre pays comme peu d’évènements auraient pu le faire.

Le premier, dimanche soir, regroupait autour du documentaire « Chili à tout prix » de Valéry Numa un bel échantillon d’officiels, de responsables et de téléspectateurs.
L’autre, à l’Université Quisqueya, autour d’un débat lundi matin sur le budget national, a permis à des économistes de faire le point sur ce document qui montre le chemin que prendra le pays les douze prochains mois, à partir du 1er octobre 2017.

« Chili à tout prix » est une fresque du désespoir et un hymne en honneur de la recherche éperdue du mieux-être. Face caméra, des compatriotes d’ici et de là-bas égrènent les raisons qui les ont poussés à partir, les liens qui les portent à rester.

Entre les réussites et les cache-misère, il y a cette dame qui pleure au souvenir de sa mère restée en Haïti. Elle désespère de revenir au pays. Il y a aussi ce jeune en larmes, parce qu’obligé de revenir en Haïti après avoir échoué à respecter les critères des arrivants lors d’un contrôle aléatoire. Du Chili il n’a vu que l’aéroport.

« Chili à tout prix » est poignant. Vrai. Vivant. Le documentaire de Valéry Numa est une peinture de notre échec collectif à construire un pays solide.

Allez voir le documentaire si vous en avez l’occasion. Vous comprendrez alors qu’ici tout le monde est coupable ou complice de notre État raté. Par action, par omission ou par simple respiration, nous sommes chacun responsables de cette irrépressible envie de partir qui anime des couches de la population.

Partir pour le Chili ou attendre le mieux-être du prochain budget
Partir pour le Chili ou attendre le mieux-être du prochain budget

Le débat sur le budget n’était pas moins anxiogène. Avec des exemples tirés du document, dans le cas de Kesner Pharel, avec une rétrospective historique dans l’exposé du professeur Fritz Gérald Chéry, avec une projection pour les six prochains mois présentée par Pierre-Marie Boisson, chaque économiste a démontré que le budget 2017-2018 ne tenait pas la route.

Dans la salle, personne du ministère de l’Économie et des Finances n’a été aperçu. Aucun proche conseiller du président Jovenel Moïse non plus. Pas un élu connu. Tout s’est déroulé comme si aucune leçon ne pouvait être tirée de l’autopsie du budget.

L’État et ses représentants continuent à jouer aux chefs haïtiens dans cette affaire. Nou fè l nou fè l nèt e n ap refè l ankò yon lòt fwa si nou jwenn fè l.

D’autres Haïtiens partiront pour la République dominicaine, le Mexique, les Bahamas, les États-Unis, le Canada, la France, le Chili et même pour l’au-delà. Et, vivants ou morts, ils enverront des transferts ou des numéros de borlette pour soulager la misère de ceux qui restent sur place.

La leçon du jour entre le film et la discussion sur le budget est limpide : votre avenir vous appartient et ne dépend que de vous seul.

Frantz Duval
Auteur

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