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l’administration Moïse-Lafontant et sa communication médiocre: la manifestation flagrante de la nullité d’un régime immobile

L’administration Moïse-Lafontant fait face à sa première fronde populaire. La colère contre le vote du budget 2017-2018 a provoqué une manifestation rageuse mardi. Il suffit de prêter l’oreille ou de se glisser sur les timelines de certaines pages Facebook pour savoir que le vote de la loi de finances à une majorité écrasante au Parlement ne constitue pas l’unique point de désaccord avec l’Exécutif. L’ajustement à la hausse des prix de l’essence ayant grugé les revenus des gagne-petit, la décision de n’accorder que 15 gourdes d’augmentation de salaire aux ouvriers de la sous-traitance textile par le chef de l’Etat à qui on reproche par moments un discours brutal et le jeu d’intérêts occultes, ont fédéré des manifestants contre le pouvoir.

Cette réaction frontale, la première vécue par l’administration, en seulement six mois, impose un regard sur l’équipe gouvernementale et sa performance. Sans aucun doute, redire que le Premier ministre Jack Guy Lafontant est transparent, inexistant, c’est enfoncer une porte ouverte. Cependant, aujourd’hui plus qu’hier, il faut se demander si le profil bas, la quasi-inexistence du chef du gouvernement n’est pas l’objet d’une entente avec le président Jovenel Moïse, à fond dans son one-man show, le seul coq de la basse-cour.

Si l’hypothèse se confirme, elle témoignerait de l’incapacité de Jovenel Moïse à changer, à faire la transition de la stratégie de communication politique du candidat à celle du président de la République. Au cours de la campagne, il est normal que toute la lumière soit faite sur le candidat pour qu’il puisse porter son message politique et convaincre le maximum d’électeurs. Le chef de l’État, au contraire, en chef d’orchestre, doit faire jouer l’administration, le gouvernement avec le Premier ministre, s’aménager des fusibles.

Jeudi, encore, la contre-offensive médiatique de Lucien Jura et d’autres personnalités de la présidence a consacré le black-out du gouvernement. Le Premier ministre a raté les rendez-vous d’une série de grand oral dans la presse, dans les forums et « woumblè » pour convaincre l’opinion publique, parce qu’il était entendu que le vote du Parlement était acquis. Le bon docteur et Nèg Bannann nan ne sont pourtant pas les seuls assis sur le banc des défaillants.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Jude Alix Salomon, intellectuel respecté, fonctionnaire de carrière, homme avec une vision claire des problèmes d’Haïti, n’imprime pas. Sa parole ne porte pas. Il n’en impose pas comme Marie Carmelle Jean Marie, Yves Bastien ou un Wilson Laleau. Pour parler, s’expliquer et convaincre, cette administration cumule des déficits qui ne sont que trop évidents. Pour combattre les fake news autour du budget, démonter si possible les arguments solides d’économistes sérieux, il faut communiquer.Le secretaire dèéta aux Finances Ronald Décembre est inscrit aux abnnés absents.

En termes de communication, le ministre Limond Toussant, loin d’être une lumière, est évanéscent Pourtant, sur les médias de service public, la propagande au service de la caravane s’intensifie. Le contenu manque cruellement d’intelligence. Le ministre de la Justice, Heidi Fortuné, incapable d’être le relais efficace des revendications du CSPJ, des greffiers lors de l’arbitrage budgétaire, n’a pas aidé l’administration Moïse -Lafontant à apaiser, à éviter la grève des magistrats préjudiciable aux justiciables. Si tout est prioritaire dans ce pays qui manque cruellement de ressources financières, il faut au moins que le processus d’élaboration du budget soit le plus participatif possible. Qu’il y ait au minimum un certain sens de l’équité. Que ceux qui ramassent les miettes aient au moins l’impression d’avoir été écoutés pour garder espoir.

Il y a à l’évidence d’autres canards boiteux au sein de l’équipe gouvernementale et un déficit de lisibilité et de littérature sur l’importance pour le pays des projets financés dans le budget de l’investissement, géré par le MPCE dont le titulaire, Me Aviol Fleurant, s’il est appuyé par de puissants parlementaires n’appui pas assez de sa belle voix l’action du gouvernement-. Entre-temps, par rapport aux faiblesses au sein de l’équipe gouvernementale, certains, sans complexe, évoquent la nécessité d’un remaniement ministériel. Mais la décision appartient au chef de l’État, en grande partie responsable de l’action gouvernementale avec son Premier ministre. Moïse et Lafontant ne sont pas seuls sous le feu de la critique. Des forces au Parlement ont imposé des ministres.
Cela dit, sans évoquer les causes structurelles de la piètre performance de certains ministres, au niveau conjoncturel, l’Exécutif est au carrefour d’un choix difficile. Publier le budget peut être perçu comme un acte de provocation. Ne pas le faire peut-être perçu comme un signe de faiblesse du président Jovenel Moïse qui aura capitulé. Cependant, il n’est pas inutile de rappeler que la paix sociale n’a pas de prix. Surtout que certains craignent qu’après le départ de la MINUSTAH le 15 octobre que des groupes imposent leur volonté à la pointe du fusil. Qu’ils reprennent du service afin de soutirer de l’argent public pour se calmer et se livrer à d’autres activités criminelles.

Au regard de l’histoire récente, la confrontation est à éviter.
La maladresse, de Jovenel Moïse, son inexpérience politique, les déficits de communication de son gouvernement et les envies de politiciens malades de pouvoir constituent un cocktail explosif, annonciateur, potentiellement, de jours sombres. Personne ne devrait être en mode « ti dife volan ». À ce jeu, il n’y a pas de vrais gagnants. Il n’y a à la vérité rien de nouveau sous le soleil d’Haïti où des chefs se prennent pour des matadors superbes, où l’opposant sans scrupule recourt à des coups fourrés pour défendre leurs intérêts. Ils se sont remplacés au pouvoir pour faire triompher la bêtise, l’ignorance, l’anachronisme, l’obscurantisme aux dépends de la modernité, le progrès social et économique des masses qu’il faut libérer des fers d’un système hideux, producteur de pauvreté, d’inégalités, d’une ségrégation raciale insidieuse et de peur.

Le président Jovenel Moïse, en apprentissage, gagnerait à revenir à la promesse de son premier discours au palais où il avait promis de lancer les états généraux de la nation. Il est temps de se parler, de dialoguer. Sur la formation du Conseil électoral permanent, la cour constitutionnelle, l’institutionnalisation et le financement des partis politiques… Il serait dommage pour un président dont le mandat est de cinq ans de croire qu’il pourra passer en force à chaque fois, sans écouter les revendications du plus petit des citoyens, encore moins de plusieurs milliers de citoyens et de citoyennes en colère. Il n’y a pas de honte à repartir sur de nouvelles bases au lieu de prioriser la confrontation au risque d’être pris dans l’engrange de la violence. Avant Jovenel Moïse, il y avait de vrais hommes forts, des généraux présidents, de vrais leaders charismatiques. Ils ont tous souffert, mangé le pain mouillé aux larmes des «si je savais» à cause de leur entêtement, de leur incapacité à rassembler le pays sur l’essentiel.

Personne n’attend un taux de croissance à deux chiffres ou la création de millions d’emplois à la fin du quinquennat. Comme Nelson Mandela, Jovenel Moïse, élu avec moins de six cent mille voix, devrait œuvrer pour maintenir la stabilité politique et sociale et créer des conditions pour favoriser effectivement des investissements directs étrangers, pour mettre les investisseurs locaux en confiance pour qu’ils élargissent leurs opérations et créent plus d’emplois. Plus simplement, le président Jovenel Moïse et le Parlement devront comprendre que des canards boiteux au gouvernement ne serviront à rien, qu’il faut, à l’avenir, imposer la culture du résultat, favoriser l’injection de connaissance dans tous les compartiments de l’administration centrale de l’État et l’administration des collectivités territoriales. Servir l’État ne peut pas être juste un job. Si le FC Barcelone sans Lionel Messi est une autre équipe, Messi éclabousse le football mondial par son génie grâce au support d’une équipe composée hier de Neymar, Suarez, Xavi, Inesta, Piqué et compagnie.

Roberson Alphonse
source Nouvelliste

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