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Et… Jovenel Moïse devient président !

Les résultats définitifs sont publiés. En attendant le second tour pour le tiers du Sénat, Haïti connait le nom de son 58e chef d’Etat ainsi que ceux des parlementaires qui devront compléter la 50e législature. Un nouveau pas est franchi ! Néanmoins, si du côté des Tèt Kale c’est la fête, l’aile dure du secteur dit démocratique rejette presto ces résultats publiés sur le site du Conseil Electoral Provisoire le 3 janvier 2017 proclamant Jovenel Moïse « Nèg Bannann Nan », président avec un score de 55.60% des votes valides.

Un processus électoral long et fatiguant. Instructif aussi, surtout pour ceux dont la politique se veut être un cycle de formations continue et continuel. Deux conseils électoraux se sont attelés à la tâche : le premier de Pierre-Louis Opont (2015) et le second conduit par Léopold Berlanger (2016). Deux gouvernements pour faire le jeu en tentant sinon d’établir, de rétablir la confiance des acteurs. Plus de 110 millions de dollars américains de dépenses, ce qui représente environ 4 fois plus le coût des élections en 2010 (soit 28 millions). Des vies perdues ; beaucoup de temps gaspillés. Le bilan est lourd ! Et il est un fait que nous passerons du temps avant de pouvoir compenser tous ces manquements.

Aujourd’hui, de l’avis de plus d’un citoyen, deux nécessités irascibles s’imposent. D’un côté, celle qui illustre le projet séculaire visant effrontément la perpétuation du mal être haïtien ; de l’autre celle convoquant les forces vives nationales à un rassemblement autour de l’idée d’un renouveau politique dans l’objectif d’offrir à la nation haïtienne le spectacle mettant en scène des hommes et des femmes politiques responsables capables de concevoir, planifier et transformer : transformer le destin d’un peuple meurtri, flanqué au sommet de la négation du bonheur l’éloignant ainsi de toute probabilité de progrès réel et de développement durable.

J’ai souvent insinué qu’il n’est pas simple hasard que tout s’avance vers l’abime avec autant de dextérité politique, de finesse administrative et de cohérence idéologique. Si hasard il se révèle en être un que je sois incapable de saisir compte tenu des limites scientifiques qui m’entourent, ceci serait probablement l’œuvre d’experts payés à forte somme rien que pour débiter des théories afférentes à cette cause. Tout concourt à nous entretenir dans la misère, l’indignation humaine et le sous-développement avilissant.

Nous nous évertuons à construire depuis 30 ans une démocratie qui porte aux nues l’organisation du désordre et la normalisation de la corruption. Les lois importent peu. Si le dirigeant peut s’offrir le luxe de les violer, le citoyen aussi peut s’accorder certaines permissions. Chez nous, c’est l’accusé qui juge le juge qui est accusé. La nature est capable de métamorphoser le plus vertueux des principes et le retour à la culture du sérieux semble être renvoyé aux calendes grecques. En dépit du taux d’inflation de 12%, les dirigeants haïtiens (anciens et nouveaux pris en compte) assistent passivement à la descente aux enfers des populations pour lesquelles les droits à la santé, au travail, à l’éducation, à un logement décent, aux loisirs… sont solennellement reconnus par la charte créatrice des Nations Unies.

Vous rendez-vous compte ? Selon la Commission Économique Régionale de l’Organisation des Nations pour les Caraïbes, plus de 25 milliards de dollars US sont investis en République Dominicaine pendant les 20 dernières années. Rien qu’en 2014, le pays voisin a attiré environ 2.5 milliards de dollars US d’investissement étranger. Paradoxalement, nous n’avons pu inciter en Haïti que 99 millions de dollars américains d’investissement. Le budget de l’Etat passe de 131 milliards de gourdes pour l’exercice 2014-2015 à 122 milliards pour l’année fiscale en cours, soit une diminution de plus de 6%. Entretemps, le dollar américain franchit la barre des 68 gourdes. Et ça ne s’arrête pas là !

La diplomatie haïtienne trépasse sous le poids de l’incompétence et de l’amateurisme. Le climat politique se détériore et l’insécurité règne en maître. Seulement pour le mois de décembre 2016, plus d’une personne a été tuée par jour, selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH). On se souvient du jeune professeur Kernst Calixte lâchement assassiné à Pétion-Ville. L’opposition monstre et monstrueuse se reconfigure : des chefs de file inscrivent déjà leurs noms sur cette liste qui ne sera certainement pas courte. Ajouté à tout le cela, l’arrestation suivie de l’extradition de Guy Philippe qui vient jeter un énième poil dans la soupe…

Dans ce contexte, Jovenel Moïse va prêter serment. On n’attend que le 7 février tout compte fait. Si pour le dauphin de Michel Martelly, combattre la corruption, stabiliser l’économie et maintenir un climat socio-économique serein capable d’attirer les investisseurs s’annoncent compliquées comme tâches, il n’en demeure pas moins que ses adversaires devront définir, eux aussi, avec intelligence leurs stratégies de lutte. Un pouvoir dynamique et fertile, une opposition visionnaire et constructive : nous reste-t-il le droit d’aspirer au moins à cela ? L’histoire dressera son procès-verbal.

Eventz Guerrier

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