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Privert, à la croisée des chemins.


La lune de miel n’est pas loin de finir entre le peuple et le président Privert. Les conséquences peuvent être dangereuses sinon néfastes pour le pays. L’accord qui a amené Privert au pouvoir a prévu la désignation d’un premier dans les meilleurs délais ainsi que la formation d’un nouveau conseil électoral provisoire afin d’achever le processus électoral avec un président élu pour le remplacer dans 120 jours. Privert semble, jusqu’à présent agir à la manière d’un président élu qui se souci de son mandat populaire. Sa mission, selon l’accord, est bien précise et il se doit de l’acquitter sinon il risque d’entrer dans l’histoire comme tous ceux qui l’ont précédé.

L’on sait déjà que le pouvoir a bon goût, mais ce n’est pas une raison pour en abuser car il étrangle plus qu’il rassasie. Les politicailleurs haïtiens ne semblent pas comprendre qu’ils évoluent sur un terrain mangeur d’hommes. C’est un terrain qui promet tout à tous mais, qui, en fin de compte, ne garantit rien. En fait, tous nos activistes vont la tête baissée vers le clif et le précipice; la plupart avec la percée louverturienne au cœur sans l’esprit louverturien à l’esprit. Il est un fait qu’une majorité cultive des intentions manichéennes, mais certains se croient fermement capable de réussir là où les autres ont échoué, savoir mettre le pays sur les rails de la démocratie véritable et du développement durable.

L’opportunité qui s’est présentée à Privert n’est pas habituelle. Il a sans doute manœuvré les évènements à ses propres profits et, pour cela, il ne doit point être sous-estimé. Cependant, des circonstances bien particulières ont favorisé sa montée au pouvoir. Il a bénéficié des inconséquences des tapageurs réputés et professionnels. Cela ne constitue aucunement un mandat pour tergiverser autour de la mission.

Il ne faut point oublier que l’accord qui a conduit à la présidence de Privert prévoit une commission d’évaluation des élections. Même ceux qui ont ratifié l’accord et le choix de Privert ne sont pas tout à fait à l’abri de ce qui peut découler d’une évaluation approfondie de ces élections. Le PHTK ne veut rien entendre d’une telle évaluation; son nouveau porte-parole, en la personne de KK-plim, non plus. Il est vrai qu’une telle réalité ouvrira la porte à des enquêtes et des révélations plus sévères qu’aucun membre de l’ancienne bande ne veut envisager. Privert, bien sûr, ne pourra pas faire ce qu’il convient afin de faire le jour sur les extravagances de la bande rose. Ce qui importe maintenant est de faire aboutir le processus après des évaluations sérieuses.

Il ne faut surtout pas se méfier. Le pays vit dans un calme seulement apparent. La lune de miel ne durera pas très longtemps encore. Ce Privert qui a martelé que les indicateurs économiques sont vibrants alors qu’il était sénateur est celui qui vient de déclarer que la situation est plutôt grave maintenant qu’il est président. C’est le feu Marc Bazin qui a signalé à un parlementaire, lors de sa déclaration de politique générale durant le coup d’état de 1991, que “le Corum est fragile.” L’on a conclu alors que ce parlementaire a reçu de l’argent pour le vote, mais ensuite il a voulu se déplacer sans voter le premier ministre. Aujourd’hui, il convient de dire à Privert que le calme est seulement apparent. Il ne faut pas prendre l’apaisement de la rue comme une acceptation de la situation socio-politique instable qui sévit au pays.

Il ne faut point oublier que Martelly et ses accolites ont dépouillé le peuple et se sont accaparés des maigres ressources du pays. C’est pourquoi le peuple l’a rejeté. Ce peuple est encore capable de rejeter. Nul n’est à l’abri tant que l’économie continue à servir une clique. A bien des égards, Privert se retrouve à la croisée des chemins.
En fait, il est arrivé au pouvoir dans une croisée de chemins. Il doit choisir soit de servir le pays en réalisant une transition sans heurt et sans bavure et sortir la tête altière et haut le front, soit de servir et partir la tête baissée pour être à jamais oublié à l’instar de ceux qui l’ont précédé. Il lui servira bien ainsi qu’au pays de réussir.

Nous voyons donc deux Priverts. L’un est réconciliateur, l’autre polariseur; l’un patriote, l’autre apatride; l’un historique, l’autre mesquin. Nous encourageons l’un et nous ressentons l’autre. Privert se retrouve à la croisée des chemins, le pays avec lui aussi. Espérons qu’il choisira de prendre le chemin qui mène au sommet.

Henry Beaucejour
@hbeaucejour

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