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LE CREDIT A COR ET A CRI ! OUI ! MAIS C’EST QUOI ?

Il était rare pendant la campagne électorale de ne pas trouver un candidat qui promettait ou qui allait proposer une loi accordant du crédit au peuple, à la classe moyenne, aux jeunes et aux étudiants.

A les entendre, je doute fort que le concept de crédit qu’ils nous proposent ne soit perçu comme un “piyay” qui serait garanti par des fonds de l’état. Et qui dit : gaz leta, machinn leta, lajan leta en dit long. Avant de développer c’est quoi un crédit et comment le gérer, je rappellerais aux candidats “bien intentionnés” qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Le Président François Duvalier avait créé dans le temps, la Banque Nationale de Développement Agricole et Industriel BNDAI. Qu’est-il advenu de cette banque de développement? De même, feu Marc Louis Bazin avait fondé le Fond de Développement Industriel (FDI).

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’est pas productif de se lancer dans des aventures imprévisibles, juste pour promettre ce que tout le monde aimerait entendre.

Crédit ! Oui! Mais le crédit a ses règles, pré requis que les lois ne peuvent réinventer. Ce serait alors tout autre chose, sauf du CRÉDIT (Du latin CREDITUM, supin du verbe credo. Donc littéralement la croyance que celui qui emprunte pourra rembourser.) Le sens étymologique même du mot crédit veut dire faire CONFIANCE. Il est emballé dans ce concept : « les conditions de crédit »
Le bon crédit est construit autour de 5 C’s. S’il en manque un seul, on est en présence d’un potentiel « crédit pourri ». Tout officier de crédit passera au crible les 5 critères d’éligibilité habilitant un emprunteur l’accès à l’argent d’un tiers qu’il promet de rembourser selon un échéancier préétabli.

Cinq (5) C (en anglais) dis-je, pas trois ou quatre voir un seul !

1)CHARACTER (le caractère)

2) CAPACITY (la capacité)

3) CAPITAL (le capital)

4) CREDIT (l’histoire de crédit) et

5) COLLATERAL (collatéral ou garantie).

Nos prometteurs politiques n’ont en tête qu’un fond de garantie (de l’état) donc le 5ème C qu’une loi du parlement ou autre cadre viendrait établir. Quid des 4 autres C’s ? J’ai déjà entendu des ministres de l’économie annoncer des fonds de capitaux en faveur d’entreprises donc le 3 ème C isolément. A l’instigation de la Banque Centrale, une loi a été votée au parlement sur le gage sans déplacement donc encore le 5 ème C. Si nous voulions une explication pour le vocable « grenn 5 » nous n’en sommes pas mieux servi.

En quoi consiste ces fameux 5 C’s qui font qu’en dehors d’eux, l’accès au crédit est un risque certain ou « piyay kay Makorel » et qui prive tout « startup » de l’éligibilité au financement d’une banque dans les conditions actuelles?

1.- Le Caractère :

l’intention indéfectible d’un potentiel emprunteur de payer aux dates convenues les montants établis de son échéancier. L’emprunteur a la réputation d’une personne de bonne foi, n’est pas un pro des jeux de hasard (ex : joueur de casino) etc. L’analyse des états de compte ne montre pas d’histoire d’incidents de paiement tels des chèques sans provisions. Les habitudes du passé et du présent renseignent sur l’attitude dans le futur. Comment déterminer tout ceci ? Les officiers de crédit bien formés savent s’y prendre ainsi soit il des autres C’s.

2.- La Capacité :

L’institution de crédit doit s’assurer que le prêt sera repayé comme indiqué. Pour ce faire, l’emprunteur doit démontrer qu’il a suffisamment de revenu (cash flow disponible) pour payer les mensualités du prêt aux dates convenues et en même temps pourvoir faire face à ses autres obligations courantes sans difficultés . Cette capacité est calculée à travers un pourcentage (ratio) dénommé : le pourcentage du service de la dette.Un facteur important capable d’affecter la capacité de paiement de l’emprunteur est : la source des revenus. Un salarié avec de longues années de service présente un risque moindre de perte de revenu.Les entreprises nouvellement créés auront peine à démontrer leur capacité à générer des revenus stables, adéquats et durables pour le service de la dette. Trois années sont nécessaires pour justifier des revenus stables. Sans stabilité des revenus le C capacité fait défaut à tout emprunteur quel qu’il soit. Aucune loi ne lui fournira cette capacité ni son désir de repayer sa dette (le C caractère). Donc une impérieuse nécessité pour l’officier de crédit de passer au crible de l’analyse tous les revenus déclarés de l’emprunteur pour s’assurer que ce dernier dégage un excédent de revenu confortable en dehors des obligations fixes capable de repayer la dette. Ceci doit être démontré.

3.- Le Capital :

L’accumulation de fonds propres par un emprunteur indique une bonne capacité à épargner et une habitude de budgétiser. Les fonds propres parce qu’ils se sont dégagés avec le temps indiquent la stabilité. L’emprunteur dont la valeur financière nette est inférieure ou marginalement supérieure au montant de son prêt aura un besoin constant de recourir à des prêts et aura un fort taux du pourcentage de service de la dette. C’est un client à risque certain qu’il faudra prendre le temps de suivre de près pour ne pas dire « marquer à la culotte». Un client ayant dégagé une bonne valeur financière nette aura suffisemment de flux de liquidité pour parer aux urgences et des dépenses inattendues.

4.- L’historique de Crédit : Ce facteur C réfère aux habitudes de crédit passées du client. Un bon emprunteur le restera dans le futur sauf dans des circonstances extraordinaires et c’est aussi vrai pour un mauvais emprunteur qui peinera à prouver qu’il en est digne à nouveau. On ne prête pas aux mauvais créanciers.
Dans tout autre pays, il y a des bureaux de crédit qui fournissent ces informations de premières mains sur tout individu ou entreprise. En Haïti, les officiers de crédit mènent avec les moyens du bord leurs propres investigations. Aux dernières nouvelles, la Banque Centrale serait en passe de concrétiser ce projet d’un bureau de crédit qui date de la fin du siècle dernier (1995-1996).

5.- Le Collatéral ou la garantie : C’est une pratique normale que toute institution financière requière une sécurité quand le montant du prêt est considéré important. Plus important est le montant, plus grand est le risque pour le prêteur. Cette sécurité réduit le risque surtout si l’emprunteur hypothèque ses propres actifs. Ceci ne réduit pas seulement le risque mais encourage l’emprunteur à repayer la dette. La sécurité sera d’autant de mise si la valeur financière nette de l’emprunteur est inferieure ou légèrement supérieure au montant du prêt, s’il a un recours constant à des prêts, des histoires de problème de paiement, s’il n’a pas encore d’histoire de crédit.

Donner du crédit est un exercice de haute responsabilité et le faire d’une manière irresponsable est fatal tant à celui qui le reçoit et qu’à l’institution de crédit elle-même.

Je ne doute pas un instant que nos chers politiques à part l’établissement du fond de garanti n’en n’a cure comment mener à terme un bon crédit et c’est la fin qui doit justifier toujours les moyens.

A bon entendeur : SALUT !

Guy Laudé

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