Tuesday , September 26 2017
Home / Opinion / Haïti ne souffre pas d’un syndrome d’incompétence ni de ressources !

Haïti ne souffre pas d’un syndrome d’incompétence ni de ressources !

Par Pierre-Yves Roy
18 Décembre 2015

En cette nouvelle période de crise politique haïtienne, les commentaires vont bon train dans la presse nationale et internationale. Le New York Times déclare qu’Haïti mérite de bien meilleures élections. Mais le Washington Post, tout en admettant que les élections soient engluées d’irrégularités, encourage les fraudeurs à s’enliser davantage dans le bourbier de leur honteuse aventure vers un second tour des élections présidentielles. Cependant, ce qui m’émeut, c’est la ferveur patriotique de certains haïtiens qui profitent de l’occasion pour exposer leurs plans de développement pour Haïti. Il y en a même qui trouvent nécessaire de dédier un manuel d’instruction civique aux haïtiens ! D’autres y conçoivent une carence de compétence. Des sujets utiles, certes, mais combien inopportuns dans une conjoncture si critique. Par conséquent, cet article est une réflexion sur ces commentaires. Il démontre qu’Haïti n’a pas de problème de compétence ni de ressources. Il soutient la thèse que le développement d’Haïti rencontre deux accrocs majeurs et centenaires : l’intervention étrangère et le statu quo.

En ce début du 21e siècle, les Haïtiens ont tout ce qu’il leur faut pour vivre avec dignité. Oui ! Ils possèdent les compétences nécessaires et les ressources adéquates pour rejoindre les autres pays en développement dans la géopolitique mondiale.

Qui dit qu’Haïti a un problème de compétence ? Il y a près d’une centaine d’universités et de collèges en Haïti, qui fournissent de milliers de gradués annuellement. Sans compter les affiliations académiques haïtiennes avec d’autres pays étrangers, les Universités dominicaines, américaines, canadiennes et françaises ont produit et continuent à produire beaucoup de diplômés haïtiens. La diaspora haïtienne regorge de professionnels accomplis.

Haïti n’a pas de problème de ressources humaines. Si l’on se réfère au dernier rapport présenté par la CIA sur le web, on verra qu’environ 80 pourcent de la population haïtienne est relativement jeune. Cela signifie que les ressources humaines d’Haïti sont en bonne santé. C’est une énergie propre—non à une économie de Nèg Banann, qui me rappelle les nègresbossales et les corvées de la période post-coloniale, comme l’aurait souhaité le successeur du Président Michel Martelly—mais une à économie de service dans un monde hyper industriel ou les réseaux commerciaux et systèmes de communications sont importants.
Haïti a tout ce qu’il lui faut pour vivre décemment. Pour une population de 10 millions d’habitants vivant sur une superficie de 27, 560 kilomètres carré dont 20,32% est cultivable, la terre d’Haïti contient tout ce qui est nécessaire à ses masses pour vivre convenablement, et pour créer de la richesse pour les générations futures. Jusqu’ici, le sous-sol haïtien demeure fertile. Il est riche en cacao, café, textiles, manguiers, bananes, etc. Il cache de larges réserves de bauxite, cuivre, calcium, carbonate, or, marbre, hydrogène, iridium, et de pétrole. A l’industrie touristique mondiale, le pays offre quelques-unes des plus belles plages dans les caraïbes. L’ile est stratégiquement bien située, facilitant le commerce entre l’Amérique du sud et l’Amérique du nord. La peinture primitive haïtienne et le compas sont admirés internationalement. Non. « Haïti est trop riche pour être pauvre », a déclaré l’ex ambassadrice d’Haïti Pamela White.

Le vrai problème d’Haïti, c’est l’intervention étrangère. Plus précisément, l’intervention américaine qui date de plus de cent ans et qui est supportée de l’intérieur par une minorité qui détient les trois quarts de la richesse du pays en terres et d’autres ressources. Cette minorité s’avère l’ennemi foncier de tout gouvernement nationaliste qui entreprendrait une reforme économique en profondeur ou les masses et la classes moyenne gagneraient quelques points.

Les Américains croient qu’Haïti leur appartient. Ils occupent le pays quand ils le veulent, et le relâchent quand ils le veulent. Et la même tentation qui a poussé les colons du quatorzième siècle à laisser leurs gites pour venir chercher de la richesse dans les caraïbes, c’est la même qui incite les américains d’aujourd’hui à regarder Haïti. C’est qu’ils reniflent l’or ! C’est qu’ils perçoivent un marché vierge ! C’est qu’ils convoitent les plages et le soleil de la Perle des Antilles ! C’est qu’ils aiment les terres d’Haïti !

Depuis 2015, les Etats-Unis sont présents dans tout ce qui se fait en Haïti sous quel que soit la forme de gouvernement. Qu’il s’agit des gouvernements démocratiques, semi-démocratiques, dictatures, juntes militaires, gouvernements de transition, etc. Non par amitié mais pour défendre leurs intérêts. Pour y procéder, les néo-colonialistes s’acquièrent des complices nationaux et dessinent une politiques de fouet et de bonbons. Le fouet, quand c’est un gouvernement nationaliste qui fonctionne, et les bonbons salés quand c’est un gouvernement de pare-feu et de cache. Le fouet, c’est l’ensemble des pièges semés sur le parcours des leaders, les complots au sein du peuple et sur le peuple, des confusions. Le fouet, c’est les représailles, les coups d’état, les embargos, c’est, comme l’a fait l’ex-ambassadrice Pamela White, la menace d’annuler les visas d’entrée aux Etats à quelques membres du parlement qui refusaient d’obtempérer à une mesure prise par le régime du Président Michel Martelly. Le fouet, c’est d’armer des groupes paramilitaires pour terroriser le peuple. Guy Philippe, Emmanuel Constant. Parfois la situation est telle que même un leader qui aime son peuple, s’il est un lâche, peut sombrer dans la tentation à demander lui-même de l’aide d’intervention, comme ce fut le cas du Président Aristide.

Les bonbons salés sont des ONG’s, USAID, la BID, la corruption de certains leaders, des armes pour massacrer les masses, des prêts aux gouvernements, des promesses, et des avantages inconstitutionnels, etc.

Cette politique américaine visant la colonisation systématique de la majorité haïtienne ne serait possible sans une complicité de l’intérieur. Comme stratégie, les Américains ont cultivé des relations avec une minorité puissante représentant près de 5% de la population, et qui détient 95% de la richesse du pays. Cette entité plus américaine que les américains, se renouvelle de génération en génération et méprise la majorité. Pour maintenir son capital, elle combat à corps et aux ongles tout ce qui joue en faveur des masses pour maintenir. Ces gens abhorrent tout esprit de développement de la classe moyenne, et toute nouvelle compétition.

Quelques soient les raisons de cette ingérence malsaine, elle empêche aux leaders haïtiens de se concentrer sur les besoins du peuple, puisqu’ils doivent gérer des insécurités. Duvalier a passé tout son règne à gérer lesbruits et les dangers : complot, trahison, invasion. Cette intervention honteuse empêche au pays d’avoir des structures appropriées pour encadrer ses compétences et pour exploiter ses ressources. Elle en vient à créer un vacuum d’encadrements, un manque d’institutions fiables, une fuite en ressources humaines. Et tout cela appauvrit le pays. Et la pauvreté engendrée est si pernicieuse et si infectieuse, qu’elle affecte même l’esprit de nombreux de politiciens haïtiens qui ne peuvent attendre que d’être élus ou nommés pour aller piller la caisse de l’état.
Comme je vous ai annoncé, Haïti ne manque pas ressources, de génie et d’idées. Ce qui ankylose le pays, c’est l’immixtion étrangère dans les affaires internes avec la morbide complicité d’une minorité qui détient le monopole de ses richesses. Lorsque le blanc aura cessé d’imposer leurs gouvernements aux haïtiens, alors la minorité et la majorité pourront régler leurs litiges en responsables ; les luttes fratricides seront suspendues. Lorsque le Blanc aura mis fin à leurs interventions dans nos vies pour nous sauver de nous-mêmes, nous jouirons d’une vraie démocratie, la sécurité et l’instabilité politique seront établies. Et sans les courtiser, nous attirerons des étrangers, toutes les couches sociales du pays, et toutes nos ressources éparpillées pour développer Haïti. Lorsque l’intervention américaine aura terminé, la corruption et la pauvreté seront significativement diminuées. Lorsque le Blanc aura reconnu notre dignité humaine, nous acquerrons le droit de choisir la forme de gouvernement qui convient à notre pays.
Aujourd’hui, c’est le temps de mêler nos voix à celle du G8 pour crier : non à l’ingérence étrangère dans les affaires internes d’Haïti ! Non aux élections frauduleuses ! Oui à la création d’une commission de vérification du processus électoral. Vive la vraie démocratie !

Pierre-Yves Roy

About Editor

Check Also

l’administration Moïse-Lafontant et sa communication médiocre: la manifestation flagrante de la nullité d’un régime immobile

L’administration Moïse-Lafontant fait face à sa première fronde populaire. La colère contre le vote du …