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Des raisons pour vomir la continuité…Une position citoyenne


« Haiti yo pat vle wè a, se li yo yo va wè ». C’est avec ce slogan on peut plus polémique que Michel Martelly a terminé son discours d’investiture. On est 14 mai 2011. Ce slogan lâché comme dans le coda d’un morceau sur l’album BANDI LEGAL revient à chaque instant sur les lèvres de plus d’un. Ce slogan était porteur d’un message très et même trop compréhensible. Un message de rupture et d’espoir. Rupture avec un système très critiqué par Martelly. Et espoir par rapport à un pays qui venait à peine d’être terriblement dévasté par un séisme sans précédent, où l’avenir paraissait sombre. Donc, pour sanctionner ce système jugé défaillant, et pour continuer à espérer au delà du chaos, le peuple a voulu faire choix d’un renouveau politique en s’offrant Michel Martelly comme alternative. Michel Martelly était donc ce choix résigné, ce «vagabond » que le peuple disait préférer aux politiciens de mauvais poils accusés comme étant les responsables historiques de l’échec haïtien.

Cependant, au soir du mandat de Michel Martelly, comme citoyen conséquent, nous sommes en droit de poser les questions suivantes : Michel Martelly, a-t-il dépassé ces politiciens qu’il critiquait ça et là, ou a-t-il fait mieux qu’eux ? Est-il parvenu à changer le système qu’il a maintes fois dénoncé ? A-t-il posé les jalons nécessaires pour le changement voire le chambardement de ce système ? Quel élan que donne Martelly à ce pays sur le plan social, économique et politique pendant son quinquennat ? Le chômage, la misère et l’extrême pauvreté n’ont-ils pas augmenté pendant ce quinquennat alors que Martelly avait promis une Haïti meilleure au peuple haïtien ? La corruption ne caractérise t-elle pas son mandat alors qu’il a promis de combattre ce phénomène du bec et des ongles ? N’a-t-il pas promis que les officiels allaient rouler en térios, pourtant c’est le pouvoir qui s’offre le luxe qu’aucun autre pouvoir ne s’est offert dans le pays ? Quel espoir a-t-il véritablement apporté à ce peuple meurtri ? Voilà des questions qui nous interpellent…

En effet, il serait pire que bête, celui qui croyait que Martelly aurait pu changer le pays. Car, un cabri ne peut jamais pondre d’œufs. Arrivé au pouvoir Sweet Micky reproduit le même système qu’il critiquait. Le système de corruption, de népotisme, de gabegies administratives… En commençant par le FNE qui est un fond crée en dehors d’un cadre légal dont la gestion se fait dans la plus grande opacité, en passant par des contrats passés avec des firmes locales et internationales sans appel d’offres, pour arriver sur la création de postes fantaisistes confiés à des proches (comme le fils du président et sa femme), la complaisance avec des vendeurs notoires de cocaïne comme Evinkx Daniel, sans compter la dilapidation des fonds du trésor public (petro caribe) notamment dans l’organisation de deux carnavals par année et dans des voyages farfelus… ce pouvoir fait montre d’un amoralisme politique évident et d’un mépris flagrant envers les lois républicaines…

Au moment où ce pouvoir plonge dans le plus grand stupre, les indicateurs de sous développement en Haïti deviennent de plus en plus au rouge. Ainsi, avec Martelly au pouvoir, aucun changement réel n’est constaté dans la vie des citoyens. Au contraire, les services sociaux de base sont toujours inaccessibles, le fossé entre pauvres et riches s’élargit, les frustrations sociales s’intensifient. Les conditions matérielles d’existence de la classe moyenne (professeurs, journalistes, banquiers, médecins, avocats etc.) deviennent de pus en plus précaires. Alors que les éléments de l’oligarchie économique et des membres du pouvoir s’enrichissent au jour le jour. Lun des fils du président, Olivier Martelly, 29 ans à peine, qui n’a jamais travaillé un jour dans sa vie devient millionnaire en moins de 5 ans. De simples fonctionnaires d’autrefois deviennent des officiels fortunés d’aujourd’hui. C’est à travers les casinos à Pétion-Ville qu’il est facile de voir combien ça coule douce pour des membres du pouvoir, alors qu’à Cité- Soleil, Belair, Solino, les gens croupissent davantage dans la dèche. La logique de considérer l’Etat comme une vache à lait et non comme un Etat de service est pérennisée avec le pouvoir «tèt kale ».

Avec Martelly, c’est aussi la personnalisation du pouvoir. Tout tourne autour de sa petite personne. Il nomme, révoque, prend des décrets à sa guise, profère des injures à des journalistes et même à des ministres qu’il considère comme ses subalternes, insulte des femmes, cracher des insanités en public. Avec lui, la présidence qui devrait garder un très grand prestige chute dans le vulgaire et la banalité…
Aussi, ses amis, ses proches, croient qu’ils sont des tous puissants en se permettant en toute désinvolture de bastonner, d’accaparer la propriété des gens (En témoignent les habituels agissements de cet énergumène connu sous le nom de Roro Nelson). De telles pratiques font remonter à la surface de notre mémoire les souvenirs d’un Jacques Gracia qui se permettait tout parce que tout simplement il était l’ami de Jean Claude Duvalier. C’est donc un pouvoir qui concourt à des formes de domination patrimoniale.

En outre, le pouvoir « tèt kale » est synonyme d’instabilité politique et institutionnelle. Depuis son avènement jusqu’au moment où nous écrivons ce texte, ce pouvoir, le fait qu’il soit constitué de petits voyous, d’amateurs, de maladroits politiques ne parvient jamais à mettre le pays sur les rails de la stabilité. On change de ministres, de secrétaires d’état, de directeurs généraux, de commissaires du gouvernement comme on change de chemise. Les décisions sont prises aujourd’hui pour être annulées demain. C’est un pouvoir qui improvise, laissant ainsi le pays dans une crise institutionnelle sans précédent.
De tout ce qui précède qui est le moindre qu’on puisse soulever, devrait-on se demander sur quelle base Michel MARTELLY veut-il conserver le pouvoir en décidant d’imposer Jovenel Moise à sa succession ? Michel MARTELLY est un menteur. Un grand menteur. Il n’a réalisé aucune de ses promesses de campagne électorale. Il a promis de divorcer d’avec le système qu’il critiquait sans la moindre réserve, pourtant ses conseillers, ses ministres, sont des éléments de ce système. Ses pratiques politiques ne diffèrent guère des pratiques anciennes souvent taxées de compromettantes au développement du pays. Le pouvoir «tèt kale » n’a apporté aucun projet de société pour le pays, où l’on pourrait du moins identifier avec certitude l’Haïti de DEMAIN. C’est au contraire un pouvoir qui s’accroche à des projets factuels qui ne sont en réalité que des actions de saupoudrage par rapport au vaste chantier dont Haïti aurait dû être l’objet. Donc, aucun effort de structuration n’a été fait. C’est donc un pouvoir de corrompus, de démagogues, de bambocheurs, de cyniques… qui ne fait qu’accélérer le processus de paupérisation de la population au profit de l’oligarchie pétionvilloise. Pour toutes ces raisons qui sont des moindres, la continuité est à vomir…
John Wesley DELVA

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